SPORT ET TELEVISION : DES TECHNIQUES ET DES HOMMES Pour sa 18è édition, le Symposium International de SPORTELMonaco a nouvelle fois réfléchi aux relations du sport et de la télévision, avec pour thème du premier colloque : exploration des innovations technologiques au service de l'image et pour le second : voyage dans les fondamentaux de l'âme des sportifs médiatiques. Deux débats ouverts et animés qui ont réuni d'illustres représentants de toutes les composantes de la famille du sport à l'écran. L'ère de la haute définition
Prolongeant "la HD cela saute aux yeux" clamé par Philippe Levrier, président de France Télé Numérique et grand témoin du colloque "Technologies de l'image : le sport dans tout son éclat", Michel Boyon assure que la haute définition est appelée à devenir la norme de demain : "C'est un enjeu social et culturel" pour le président du Conseil Supérieur de l Audiovisuel. Le débat est lancé, la HD sportive aussi. 
Depuis que Francis Tellier a bravé les sceptiques et réalisé -avec succès- un signal HD pour les diffuseurs de la Coupe du Monde FIFA 2006 en Allemagne, les organisateurs de Roland Garros, du Tour de France et de la Coupe du Monde de Rugby ont poursuivi l'exercice. 
Inconditionnel : David Neal, producteur exécutif de NBC Sport qui retransmettra les Jeux de Pékin en HD aux Etats Unis. Beaucoup comparent le choc de l'arrivée de la haute définition àcelui provoqué, en son temps, par le passage du noir et blanc à la couleur. Prolongement naturel et indispensable de l'enthousiasme des diffuseurs, la production industrielle est prête à accompagner cette révolution. Hubert Bouan du Chef du Bos, puis Jim Greaves, respectivement directeurs pour l'Europe de Philips Electronique et de Sony Media témoignent de l'engouement du grand public pour les écrans plats, récepteurs de HD. L'arbitrage vidéo en question. Avec la présentation en images du fonctionnement de ses "détecteurs de but" et "révélateurs de hors jeu", François-Charles Bideaux, célèbre réalisateur et consultant à Canal + réveille la polémique de l'assistance vidéo à l'arbitrage pour le football. Prompt à réagir, Gilles Veissière, arbitre international et consultant, lui aussi, de la chaîne cryptée, refuse "le football à deux vitesses" que lui fait redouter le remplacement de l'homme par la machine.  Inventeur du « Hawk-Eye », Paul Hawkins est un homme heureux. Créé à l'origine pour le cricket, son procédé d'assistance aux arbitres est maintenant largement utilisé sur les grands tournois de tennis. Et depuis que, avec une autorisation très encadrée par la FIFA, la Premier League anglaise a lancé des tests en août, une fenêtre s'entrouvre pour Hawk-Eye sur le ballon rond. "De quoi va-t-on parler dans les bars s'il n'y a plus d'erreur d'arbitrage ?" lance Marcel Martin, Président du Biarritz Olympique, après avoir souligné l'intérêt de la vidéo utilisée pour le rugby dans l'en-but. Balayant l'argument de l'inégalité, l'ancien vice-président de l'International Rugby Board constate que, les technologies de pointe sont peut être comme les gros salaires : réservées à très peu de joueurs. Avec le témoignage de Denis Oswald, président de l'Association des Fédérations Olympiques des Sports d'Eté et président de la commission de coordination des Jeux de Londres 2012, puis la présentation de la toute nouvelle chaîne Orange Sport par Denis Masseglia, administrateur du CNOSF, les nouvelles technologies en arrivent à l'Olympisme. Et Jean-Luc Rougé président de la fédération française de judo annonce l'arrivée de sa chaîne sur le Net. En forme de conclusion, Daniel Bilalian, directeur des sports de France Télévision, revient à la haute définition pour assurer qu'elle est "un élément indispensable pour le sport" et que la demande des radiodiffuseurs hôtes des grandes manifestations internationales va certainement s'accélérer. L'arbitrage vidéo en question Obstacle ou épanouissement ? Comment les athlètes vivent-ils leur relation avec la télévision ? La question fut posée le mardi 16 octobre par le colloque : "La grande mutation des athlètes" ouvert par une interview vidéo de Jacques Rogge. L'équilibre est plutôt bon, pour le président du CIO, mais il faut du respect et de la vigilance. L'athlète a besoin de la télévision pour sa notoriété et celle de son sport , pourtant il ne doit pas oublier que l'essentiel est la performance. Et si la télévision valorise l'exploit et celui qui le réalise, elle ne doit pas franchir certaines limites et notamment celles du vestiaire, lieu essentiel d'intimité des sportifs.
Sergey Bubka, champion olympique de saut à la perche, devenu un très grand dirigeant sportif, témoigne que la télévision joue un rôle unique en véhiculant les valeurs du sport de manière universelle. Ainsi les 4 milliards de téléspectateurs attendus pour Pékin 2008 pourront-ils partager et l'émotion et l'enthousiasme des Jeux Olympiques. Cette dimension est primordiale pour inciter les jeunes à se tourner vers le sport. Manuela Di Centa, championne italienne de ski de fond et de courses en montagne, se sent responsabilisée par la notoriété que lui ont apporté les antennes : « En devenant une star, vous entrez dans un patrimoine» dit-elle. Et d'inciter les champions à communiquer, ce que regrette d'avoir compris un peu tard Pernilla Wiberg. Ce n'est qu'une fois passée de l'autre côté de la caméra que la médaillée d'or suédoise de ski alpin s'est rendu compte à quel point le public aime entendre les réactions d'un coureur juste après l'arrivée de l'épreuve. « Si c'était à refaire, je serais plus disponible » avoue-t-elle. 
Dans une intervention pleine de sensibilité et d'émotion Hicham El Guerrouj explique combien il est heureux de servir de modèle aux jeunes, par le biais du petit écran : "La télévision joue un rôle extraordinaire pour leur implication dans le sport et leur éducation" affirme l'extraordinaire champion marocain d'athlétisme. En citant Steve Cram, il confie avoir lui-même pris exemple sur ceux qui l'ont précédé et s'être inspiré de leur technique et de leur stratégie en regardant des images d'archives. Steve Cram, pour sa part, met en garde les média qui risqueraient de casser le rêve en s'approchant trop près des sportifs. Pour le pentathlonien Joël Bouzou, les athlètes et les dirigeants ont le devoir d'étendre ce "rôle de modèle" des champions à l'international. "Dans la société actuelle -dit l'actuel conseiller de SAS le Prince Albert II- "la règle sportive est la seule qui s'applique à tous, sans distinction. C'est un enjeu énorme pour la stabilité du monde". 
Voyant, à ses débuts, arriver les caméras d'un il méfiant, Guy Roux, qui fut entraîneur de l'AJ Auxerre pendant 35 ans, a éduqué ses footballeurs à la communication pour les protéger. Puis, avec l'arrivée des retombées liés à la diffusion -sponsors, vente de droits- il a imposé à ses joueurs de nouvelles règles, notamment de tenue. Même discours chez Jean-Marie Leblanc qui ajoute que les coureurs cyclistes doivent faire le maximum pour montrer les marques inscrites sur leurs leur maillot aux objectifs, ce qui a modifié le déroulement des courses. Et l'ancien directeur du Tour de France d'insister sur les conséquences que peut avoir pour son image l'interview d'un champion, à chaud, après des heures d'effort. Si l'intrusion des caméras dans l'intimité des sportifs pourrait parfois revêtir des allures télé-réalité, Jean-Luc Rougé, président de la fédération française ne craint pas ce phénomène pour le judo, car « ce serait inefficace ». En revanche voir de près et enregistrer la réaction des coachs concurrents est très utile aux entraîneurs car ils peuvent ainsi savoir comment leurs combattants sont analysés par l'adversaire. 
La télévision aurait-elle le pouvoir d'influencer la conduite d'un athlète sur le terrain ? C'est ce que semble penser Samir Bouadi , chroniqueur à Canal +, lorsqu'il suggère que certains joueurs modifient leur comportement lorsqu'ils se savent observés par « 50 caméras braquées sur eux ». Le basketteur Richard Dacoury conteste cette hypothèse et refuse de mettre en cause la sincérité de l'athlète pendant l'effort. L'effet TV s'arrête au coup d'envoi du match. « Il ne faut pas diaboliser la télévision » ajoute l'ancien champion d'Europe, consultant des antennes sportives. "Les caméras font tellement partie du monde d'aujourd'hui qu'on les oublie" ajoute Claude Droussent, directeur des rédactions de l'Equipe, reprenant les conclusions du sondage mené par son Magazine auprès des joueurs de L1, à l'occasion du Symposium : sur 200 joueurs, moins d'un tiers se disent influencés par leur présence. Une fois que le match est commencé, place à la performance. 
Revenant au basket, George Eddy, joueur et commentateur à Canal + salue l'influence bénéfique, dès les années 80, de la diffusion des matchs de NBA, sur la vocation des jeunes de la génération de Tony Parker. 
Les 9 français évoluant aujourd'hui aux Etats Unis lui doivent leur carrière. Egalement ancien joueur, le rugbyman Serge Simon évoque la récente Coupe du Monde au cours de laquelle la télévision a tellement mis en lumière les valeurs du rugby que ce dernier se voit condamné à les respecter. Ainsi exposées, elles peuvent devenir un argument marketing et constituer un garde-fou intéressant ajoute le consultant de RMC. Représentant des grands diffuseurs généralistes, Roger Mosey, Directeur des sports de BBC, raconte comment ses chaînes tentent de promouvoir un vrai journalisme de sport qui sache, notamment, établir la frontière entre l'information due au public et la vie privée des sportifs, quelle que soit la discipline. Au nom de l'Union Européenne de radiotélévision, Jean Reveillon, propose une réflexion sur les retombées négatives du dopage pour la crédibilité du sport. La télévision doit-elle ou non diffuser un match où le soupçon existe ? Enfin, observant l' évolution du Symposium, Jacques Ferran, membre du comité éditorial, constate que jamais les athlètes n'avaient autant pris la parole que lors de cette 18è édition. L'ancien rédacteur en chef de L'Equipe se réjouit que les champions semblent prendre conscience qu'ils sont les gardiens de l'identité et du destin du sport. Livrant ce qu'il retient comme idée maîtresse des débats, il conclut : "le sport demande à être respecté". |